Quand on devient parent, on a parfois l’impression de disparaître : on n’est plus Camille, Julie ou Marc, mais « la maman de » ou « le papa de ». La dernière fois que vous avez lu un chapitre en entier, pris un bain tranquille ou terminé une pensée sans être interrompu ? Aucune idée, c’est bien le problème.
Pourtant, garder un petit jardin secret à soi n’est pas un luxe de parent égoïste : c’est une nécessité vitale, pour vous comme pour votre enfant. On vous explique pourquoi, et surtout comment y arriver quand les journées semblent déjà trop courtes.
S’oublier, le piège des jeunes parents
Dans les premiers temps, l’enfant prend toute la place, et c’est bien normal. Mais mois après mois, on peut se dissoudre complètement dans son rôle de parent, jusqu’à oublier qui l’on est en dehors. Les loisirs passent à la trappe, les amis s’espacent, les envies personnelles deviennent une lointaine rumeur. Ce sacrifice, présenté comme une vertu, mène souvent à l’épuisement et à la frustration.
Prendre du temps pour soi n’est pas égoïste

Répétons-le, car la culpabilité a la vie dure : prendre soin de soi n’est pas voler du temps à son enfant, c’est lui offrir un parent plus épanoui, plus patient et plus disponible. On ne peut pas verser d’une cruche vide : pour donner, il faut d’abord se remplir. Un parent qui s’accorde des bulles rien qu’à lui revient vers son enfant ressourcé, et lui montre au passage un bel exemple d’équilibre.
Un enfant n’a pas besoin d’un parent qui se sacrifie, mais d’un parent heureux. Prendre du temps pour vous, c’est aussi lui apprendre qu’on a le droit d’exister pour soi-même.
Comment dégager du temps (vraiment)
Oser demander et déléguer
Le temps pour soi ne tombe pas du ciel : il se crée, souvent en osant demander de l’aide. Partenaire, grands-parents, amis, mode de garde : acceptez de confier votre enfant quelques heures sans culpabiliser. Beaucoup de parents, surtout les mères, n’osent pas déléguer par peur de « mal faire » ou de déranger. Pourtant, laisser l’autre parent gérer à sa façon est indispensable : c’est ainsi que le temps se libère.
Des micro-moments plutôt que de grands projets
Inutile d’attendre le week-end au spa qui n’arrivera jamais. Le secret, ce sont les petits moments : dix minutes de lecture pendant la sieste, un café savouré au calme, une séance de sport courte, un épisode regardé sans culpabilité. Ces micro-parenthèses, régulières, rechargent bien plus qu’on ne le croit. Mieux vaut un peu souvent que beaucoup jamais.
Garder une vie sociale

Avec l’arrivée de bébé, les sorties entre amis se raréfient, et l’isolement guette, surtout les premiers mois. Or garder du lien social est un formidable antidote à la fatigue morale. Un déjeuner entre amies, un appel à un proche, un groupe de jeunes parents pour partager les galères et les fous rires : ces respirations font un bien immense. On n’attend pas d’aller mal pour cultiver ses amitiés.
Le couple aussi a besoin de respirer
Prendre du temps pour soi, c’est aussi, parfois, prendre du temps à deux, loin des couches. Réserver régulièrement un moment en amoureux — un dîner une fois bébé couché, une sortie pendant que quelqu’un garde le petit — permet de rester un couple et pas seulement une équipe parentale. Chacun a besoin de son jardin personnel, et le couple, du sien : les deux nourrissent l’équilibre familial.
Lâcher la culpabilité
C’est souvent le plus dur. On s’autorise à souffler, et aussitôt la petite voix murmure : « tu devrais être avec ton enfant ». Faites taire ce juge intérieur : prendre soin de vous ne fait pas de vous un mauvais parent, bien au contraire. La culpabilité parentale est un poison courant, entretenu par des injonctions irréalistes. Rappelez-vous que le « parent parfait », celui qui se sacrifie sans limite, n’existe pas et ne rend service à personne.
La prochaine fois que la culpabilité pointe, retournez la question : quel exemple voulez-vous donner à votre enfant ? Celui d’un parent qui s’oublie, ou celui d’une personne qui prend soin d’elle ?
Se retrouver, pas seulement se reposer
Renouer avec ses passions
Le temps pour soi ne se résume pas à dormir ou à rattraper les tâches. Il s’agit aussi de renouer avec ce qui vous fait vibrer : un sport, la lecture, la musique, le dessin, la cuisine, une série qui n’appartient qu’à vous. Ces activités, même brèves, vous rappellent que vous existez au-delà de votre rôle de parent. Reprendre une passion mise de côté est souvent un formidable regain d’énergie et de bonne humeur.
S’accorder sans tout planifier
Tout ne doit pas être rentable ou productif. S’autoriser à ne rien faire, à flâner, à rêver quelques minutes, est aussi une façon précieuse de se retrouver. Dans un quotidien millimétré par les besoins de l’enfant, ces plages sans objectif sont de vraies respirations. On s’octroie le droit à la légèreté, sans en faire une tâche de plus sur la liste.
Se retrouver, c’est finalement se rappeler que le parent que vous êtes repose sur la personne que vous êtes restée. Nourrir cette personne, c’est nourrir tout le reste.
Vos questions, nos réponses
Je n’ai vraiment pas une minute à moi ? C’est souvent une question d’organisation et de permission qu’on s’accorde. Commencez petit : dix minutes par jour, en déléguant un peu. L’important est la régularité, pas la durée.
Je culpabilise dès que je confie mon enfant ? C’est très fréquent, surtout au début. Rappelez-vous qu’un enfant bénéficie d’un parent épanoui et gagne aussi à tisser des liens avec d’autres adultes de confiance.
Mon partenaire ne prend jamais de temps pour lui non plus ? Parlez-en et organisez-vous à deux : chacun son créneau pour souffler. Un parent épuisé qui s’oublie n’aide personne, encore moins l’autre.
- S’oublier complètement mène à l’épuisement.
- Prendre du temps pour soi profite aussi à l’enfant.
- On ose déléguer et on mise sur les micro-moments.
- Vie sociale et temps de couple nourrissent l’équilibre.
- On lâche la culpabilité : le parent parfait n’existe pas.
Reprendre un peu de temps pour soi, ce n’est pas tourner le dos à son enfant : c’est se rappeler qu’on est une personne à part entière, avec des envies, des passions et des amis. Et cette personne-là, épanouie et vivante, est justement le plus beau des parents. Alors offrez-vous cette bulle : vous l’avez plus que méritée.
Si le manque de temps pour soi s’accompagne d’un épuisement profond ou d’une perte d’élan durable, n’hésitez pas à en parler à un professionnel : prendre soin de soi passe aussi par là.
Manon parle sans tabou de la vie à deux, du couple et du bien-être des parents après bébé.

