Rayon des céréales, 17 heures. Votre ange de deux ans se transforme en un dragon miniature parce que vous avez osé refuser le paquet fluo. Il se jette au sol, hurle comme une sirène de pompiers, et tout le magasin se retourne. Vous, vous rêvez d’un bouton « téléportation ».
Bonne nouvelle : vous n’êtes ni un mauvais parent, ni seul au monde. Les crises de colère sont une étape aussi normale qu’inévitable. Et une fois qu’on comprend ce qui se trame dans cette petite tête, tout devient beaucoup moins effrayant. Suivez le guide.
Dans la tête d’un tout-petit en pleine crise
Une Ferrari avec des freins de vélo
Voilà l’image à retenir.
Le cerveau de votre enfant est en pleine construction. La partie qui fabrique les émotions, elle, tourne déjà à plein régime : c’est le moteur de course. Mais la partie qui permet de se raisonner et de se calmer n’est pas encore mûre : ce sont les freins de vélo. Résultat, l’émotion fonce à 200 à l’heure, et les freins ne suivent pas. La crise, c’est ce moment où la Ferrari part en tête-à-queue.
Non, il ne vous « fait pas » une scène
C’est peut-être le point le plus important de tout l’article : votre enfant ne calcule rien. Il n’a pas de plan machiavélique pour vous embarrasser au supermarché. Il est littéralement débordé par une vague qu’il ne contrôle pas. Lui expliquer calmement pourquoi il n’aura pas de bonbon, en plein pic, revient à parler à quelqu’un qui se noie. Son cerveau émotionnel a pris les commandes.
À quel âge ? (spoiler : ça va secouer)

Les fameuses crises débutent souvent vers 18 mois, culminent entre 2 et 3 ans (les fameux « terribles deux ans », mal nommés d’ailleurs, car ils s’étirent parfois jusqu’à 4), puis s’espacent progressivement. Un enfant qui fait des crises est un enfant qui grandit, qui affirme sa personnalité naissante et teste les limites du monde. C’est épuisant, mais c’est excellent signe.
Chaque enfant a son tempérament. Le petit volcan de deux ans peut très bien devenir un ado tout en nuances. Ne collez surtout pas d’étiquette : vous accompagnez une étape, pas une identité.
Le mode d’emploi anti-tempête
Étape 1 : gardez votre calme (le plus dur)
Facile à dire, on sait. Mais votre enfant se règle sur vous : si vous criez, vous ajoutez de la tempête à la tempête. Respirez, baissez-vous à sa hauteur, parlez d’une voix basse. Assurez sa sécurité s’il se jette en arrière, et restez près sans forcer le contact s’il vous repousse.
Étape 2 : mettez des mots
« Tu es très en colère parce que tu voulais ce jouet. C’est dur. » En nommant l’émotion, vous aidez votre enfant à la reconnaître et, petit à petit, à la maîtriser. On accueille l’émotion, mais on tient la limite : la colère est toujours permise, les coups non.
Étape 3 : la reconnexion
Une fois l’orage passé, place au câlin. « C’était une grosse colère. C’est fini, je t’aime toujours. » L’enfant a besoin de savoir que la tempête n’a pas abîmé votre lien.
Rangez les grands discours pour plus tard. En pleine crise, trois mots valent mieux qu’un TED talk. Le raisonnement reviendra quand la vague sera redescendue, pas avant.
Petit lexique de la crise
Et si on traduisait ? Voici ce que votre tout-petit dit vraiment, derrière le vacarme.
Désamorcer avant l’explosion

Les deux coupables : faim et fatigue
Un enfant affamé ou épuisé est une cocotte-minute prête à exploser. Anticipez les repas, respectez les siestes, gardez un en-cas dans le sac. À elles seules, ces deux précautions évitent une bonne moitié des crises.
Le pouvoir des petits choix
« Tu mets le pull rouge ou le bleu ? » donne à l’enfant un sentiment de contrôle, précieux à cet âge où tout lui est imposé. Prévenez aussi les transitions : « encore deux tours de toboggan, puis on rentre » évite bien des drames au parc.
La typologie des crises (édition météo)
Toutes les tempêtes ne se ressemblent pas. Sauriez-vous reconnaître les vôtres ?
Cris, pleurs, roulades au sol. Spectaculaire mais souvent bref.
Mutisme total, bras croisés, regard noir. La tempête est à l’intérieur.
Se transforme en nouille molle qu’on n’arrive plus à porter.
Un enfant en colère n’est pas un enfant qui vous défie. C’est un enfant qui vous demande, à sa manière maladroite : aide-moi à gérer ce qui est trop grand pour moi.
Les crises en public : survivre au regard des autres

La crise au supermarché a un ingrédient bonus : le regard des autres. Rappelez-vous une chose : les parents autour de vous compatissent bien plus qu’ils ne jugent. Ils sont passés par là. Ne laissez pas la honte vous pousser à céder pour « faire cesser » la scène : isolez-vous dans un coin plus calme si possible, et gérez comme à la maison.
Et nous, parents, quand on craque ?
Parce que oui, ça arrive. On crie, on soupire, on perd patience.
Et ce n’est pas dramatique. Aucun parent n’est parfait, et un lien solide se répare. L’important, c’est de revenir vers l’enfant après coup, de s’excuser si besoin, et de recommencer. On apprend autant à nos enfants par nos imperfections assumées que par nos réussites.
Quand en parler à un professionnel
Si les crises sont extrêmement fréquentes et intenses au point d’épuiser toute la famille, si votre enfant se blesse ou blesse les autres de façon répétée, ou si elles persistent avec la même violence bien après 5-6 ans, parlez-en à votre médecin ou à la PMI. Demander de l’aide n’est jamais un aveu d’échec.
La boîte à outils émotions
Bonne nouvelle : on peut aider son enfant à se constituer, jour après jour, une véritable boîte à outils pour apprivoiser ses tempêtes. Le tout, en dehors des crises, quand il est disponible pour apprendre.
Le coin du calme (pas le coin de punition)
Aménagez un petit refuge : quelques coussins, un doudou, un livre. Non pas un endroit où on l’exile quand il déborde, mais un cocon où il peut choisir d’aller redébrancher quand la pression monte. La nuance change tout : on ne bannit pas l’émotion, on lui offre un endroit où se poser.
Souffler la bougie
Apprenez-lui à respirer comme pour éteindre une bougie imaginaire : on inspire par le nez, on souffle doucement par la bouche. Ça paraît tout bête, mais ce petit jeu, répété au calme, devient un réflexe précieux quand la colère gronde. Faites-le avec lui : les enfants adorent quand les parents jouent aussi.
Dessiner sa colère
Proposez-lui de dessiner sa colère, ou de la mimer avec tout son corps. Mettre l’émotion à l’extérieur, sous une forme qu’on peut regarder, aide à la comprendre et à la relativiser. Un gribouillage rouge très appuyé, et hop, la vapeur s’échappe.
Les erreurs qui jettent de l’huile sur le feu
- Punir l’émotion. On ne punit pas un enfant d’avoir ressenti de la colère. On l’aide à la traverser.
- Céder à chaque crise. Craquer systématiquement lui apprend une chose : hurler, ça marche.
- Se moquer ou humilier. « Arrête ton cirque » blesse et abîme la confiance.
- Dégainer le grand discours. En plein pic, les mots glissent sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard.
Quand deux volcans entrent en éruption
Ah, la fratrie. Les crises y prennent une saveur particulière, mêlées de jalousie et de partage forcé.
Plutôt que de chercher un coupable, accueillez les émotions de chacun : « Toi tu es en colère parce qu’il a pris ton jouet, et toi tu voulais jouer aussi. » On évite les comparaisons et les étiquettes qui enveniment tout, et on encourage la recherche de solutions ensemble. Les disputes, aussi épuisantes soient-elles, sont un formidable terrain d’apprentissage : on y apprend à négocier, à attendre son tour, à se réconcilier.
Un enfant à qui l’on a appris à dire « je suis énervé » plutôt que de mordre a reçu l’un des plus beaux cadeaux qui soient. Ça ne se voit pas tout de suite, mais ça se construit à chaque crise traversée ensemble.
- La colère, c’est le cerveau émotionnel qui dépasse des freins encore neufs.
- Il ne calcule rien : il est débordé, pas manipulateur.
- Sur le moment : calme, sécurité, des mots, un câlin. Zéro discours.
- On désamorce avec faim, fatigue et transitions anticipées.
- On accueille l’émotion, on tient la limite, et on répare après.
Les crises de colère ne sont qu’une saison. En accompagnant votre enfant avec calme plutôt qu’en luttant contre lui, vous lui offrez bien plus que la paix du moment : vous lui apprenez, pour la vie, à apprivoiser ses tempêtes intérieures. Et ça, c’est un vrai trésor.
Cet article propose des repères généraux et ne remplace pas un accompagnement personnalisé. En cas de crises très intenses ou inquiétantes, n’hésitez pas à consulter un professionnel de l’enfance.
Passionnée d’éducation bienveillante et de gestion des émotions, Léa écrit sur la parentalité au quotidien.
